Marche ou crève de Stephen King (Richard Bachman)

Avec Stephen King / Richard Bachman, marcher devient une question de survie.

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genre : anticipation dystopique

Pourquoi j’ai choisi ce livre / cet auteur ?

J’ai lu Marche ou crève il y a un certain moment, mais j’ai écouté récemment le podcast de la fine équipe du Roi Stephen, que je vous recommande chaudement ! Cela dure un moment mais l’ambiance est décontractée, on rit, et on assiste régulièrement à un débat où tout le monde n’a pas forcément le même avis (et c’est tant mieux). J’avais gardé du livre le souvenir d’un roman à la trame certes simple, mais efficace, à tel point qu’il figurait parmi les King (oui ok, Richard Bachman !) que je recommandais volontiers à ceux qui avaient envie de découvrir l’auteur. J’ai donc décidé de me replonger dans sa lecture.

Résumé (sans spoil)

100 jeunes de moins de 18 ans participent à la Longue marche.

Le principe est simple : 100 au départ, 1 à l’arrivée. Une balle dans la tête pour les autres.

Ne pas ralentir, ne pas s’arrêter, sinon c’est l’avertissement. Au 3e avertissement, c’est la fin de la marche. Définitive.

Ray Garraty et ceux qui deviendront peu à peu ses acolytes dans ce chemin de mort sont persuadés d’avoir leur chance. Mais combien de temps tiendront-ils ? La route est implacable…

Mon avis

Dès le départ, le contrat est clair : ils vont tous mourir, pour des causes diverses mais de la même manière. Une balle dans la tête pour 99 d’entre eux. La fatalité accompagne le lecteur tout au long de cette marche. Certains auront une mort choquante ou stupide, d’autres malchanceuse voire pire : anonyme. Mais King ne nous laisse pas entrevoir d’issue autre que celle promise au départ.

Le lecteur est le témoin silencieux de la tragédie de ces gosses qui ont à peine vécu, dans un monde visiblement hostile sur lequel on n’apprendra peu. On comprendra seulement qu’il laisse peu d’espoir à des jeunes qui en viendront à participer de leur propre gré à ce jeu mortel. Ils savent dès le départ qu’ils sont ennemis, mais la nature humaine est ce qu’elle est, puisqu’on les verra s’aider, se soutenir, se sauver mutuellement la mise pour certains.

On ressent une petite frustration dans cette lecture, un certain nombre de questions resteront sans réponse. Pour ma part, c’est tant mieux. Tout ne doit pas être expliqué, décrit, explicité. Le lecteur reste libre d’imaginer le monde dans lequel cette tragédie prend place, et de comprendre la fin à sa manière.

Je regrette que Garraty soit présenté dès le départ comme le champion : certes la Longue marche commence dans le Maine dont il est originaire, mais cela donne dès le départ l’impression qu’il sera présent jusqu’à la fin (est-ce que cette impression se confirme ? Je vous laisse le découvrir). Ce n’est pas un secret que King fait ce qu’il veut de ses personnages et qu’il n’hésite pas à faire trépasser un personnage principal si l’histoire l’y amène, et c’est d’ailleurs un point que j’apprécie chez cet auteur, d’où mon regret.

L’horreur, dans le sens « gore » est assez rare. Certaines morts ne sont pas très ragoûtantes, avec force détails dont l’auteur a le secret, mais la dimension fantastique, en général toujours présente d’une manière ou d’une autre dans ses livres, est complètement absente de cette histoire. Cela renforce, à mon sens, le sentiment de vacuité de tout ce spectacle : pas de forces malfaisantes à l’œuvre, juste des hommes tuant des jeunes garçons pour avoir arrêté de marcher. On ferme le livre avec une drôle de sensation. Personnellement il m’a marqué.

Vous l’aurez compris, je vous recommande sans hésitation Marche ou crève.

Mon personnage préféré

Peu de personnages sont vraiment développés dans Marche ou crève, notamment parce que le livre est court et qu’ils sont censés y passer un par un. Ma préférence va donc vers Peter McVries, l’acolyte de Garraty. Il m’a paru moins suffisant que celui-ci, et sa détermination à garder son ami en vie m’a touchée. Il fait partie des personnages dont on apprendra le plus, ce qui amène facilement à s’y attacher.

Un passage qui m’a marqué

Stebbins, le garçon détestable jamais avare d’anecdotes propres à démoraliser ses adversaires, raconte la fin d’une Longue marche à laquelle il a assisté. La description du calvaire des deux derniers marcheurs, au bout de leurs ressources physiques et mentales, de la mort du 99e participant et de la détresse du « gagnant » qui s’ensuit accentue le sentiment déjà tenace de vacuité qui étreint le lecteur de bout en bout de l’histoire. Cette anecdote rappelle, s’il en était besoin, que cette marche est absurde et qu’il ne peut y avoir réellement de vainqueur si on en suit les règles établies.

Une citation

« Il se demandait si Curley avait souffert. Il se demandait s’il avait senti les balles ou s’il avait simplement été vivant, puis mort l’instant d’après.

Naturellement, il avait souffert. Cela fait déjà mal, de la pire des façons, de savoir qu’on ne sera plus, mais que la Terre continuera de tourner, toujours la même, intacte et tranquille. »

Le saviez-vous ? Par Club Stephen King

https://club-stephenking.fr/

  • Durant les années 60s, les stations radios et télévisées proposaient des randonnées de 80km. L’auteur, qui n’avait pas de voiture à cette époque, faisait tout le temps de l’autostop. Il raconte qu’il avait commencé une de ces randonnées mais qu’il se serait évanoui après une trentaine de 30km.
  • Le livre a été publié sous le pseudonyme de Richard Bachman, mais la dédicace était un indice évident du fait que le véritable auteur est en réalité Stephen King. En effet, « Marche ou crève » est dédié à Jim Bishop, Burt Hatlen et Ted Holmes. Burton Hatlen et Jim Bishop ont enseigné l’anglais à Stephen King durant son cursus à l’Université du Maine. Ted Holmes avait lu une version de ce livre et avait fait suivre le manuscrit à son agent, qui, lui, déclina le projet.
  • Bien que la véritable identité de Stephen King ne serait pas révélée avant 1985, des lecteurs avaient commencé à remarquer des similitudes avec l’œuvre de Stephen King. En 1983, le magazine « Dark Horizons » contient un édito de Pete Scott qui l’évoque. Une lettre de Stephen King sera publiée au printemps 1983 dans laquelle il niera cela, mentionnant que « cette idée a maintenant pris tellement d’importance que même des gens de chez New American Library pensent que je suis Dick » (diminutif américain de Richard). – Ce livre est un des favoris des fans, mais celui-ci n’a toujours pas été adapté. Un projet avait été envisagé sous la coupe de George Romero, qui refusa le projet. Les droits cinématographiques sont depuis détenus par Frank Darabont (« Les évadés », « La Ligne Verte », « The Mist », mais également la série « The Walking Dead »), jusqu’à récemment puisqu’il les a perdus. Il a été dévoilé en avril qu’un film est dorénavant en préparation par les studios du film « ça » et New Line.
  • La ville de Stockholm, en Suède, organise depuis 2009 un marathon annuel qui n’est pas sans rappeler le livre de Stephen King. Les participants doivent marcher à 5km/h minimum, ils peuvent obtenir de l’aide toutes les 6h (à manger ou des médicaments) et ils n’ont qu’à un rouleau de papier toilette et 24 minutes par jour pour faire leurs besoins. Si une personne n’arrive pas à maintenir le rythme, il reçoit un avertissement. Le gagnant est celui qui reste debout alors que tous les autres ont abandonné. A ce jour, le record sera de 87h48 minutes, soit 3 jours et demi!

Bonus

Difficile de ne pas penser à un autre livre écrit sous le même pseudonyme 3 ans plus tard : Running man. Ces deux livres ont en commun de décrire une société dystopique, et dans lequel le personnage principal risque sa vie, au cours d’un divertissement très médiatisé. Ben Richards est un homme avec une famille, mais qui ne parvient plus à subvenir à ses besoins. Autant le but de la Longue marche reste abscons, autant la Grande traque, le jeu mortel auquel Ben participe, est clairement conçu pour débarrasser la société des individus jugés dangereux tout en divertissant la plèbe. Un King incontournable à mon sens.

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Le prix du danger est une nouvelle de Robert Sheckley de 1958. La nouvelle raconte les sept dernières heures d’un épisode du jeu télévisé Le prix du danger auquel participe Jim Raeder. Le présentateur, Mike Terry, qui ne cesse de commenter les faits et gestes de Jim, nous apprend qu’il ne reste à Jim que sept heures à tenir pour survivre une semaine, ce qui mettra fin au jeu et lui permettra d’empocher une grosse somme d’argent. Mais certains citoyens n’hésitent pas à dénoncer Jim à ses ennemis. Cette nouvelle d’anticipation, à la trame assez proche de Running Man, explore dès la fin des années 50 le pire de ce que la télévision pourrait nous offrir dans les années à venir. Cette nouvelle a d’ailleurs fait l’objet d’une adaptation cinématographique en 1983, ce qui en fait un film contemporain de Marche ou crève. Pour la petite anecdote, le film Running man est plus inspiré de ce film que du roman éponyme.

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Avant d’être un manga trash et un film qui l’est tout autant, Battle royale est un livre de Koshun Takami édité en 1999 : « Dans un futur proche, un empire asiatique indéterminé aux tendances fascisantes a mis en application le programme ‘Battle Royale’ pour servir d’exemple à la population – et tout particulièrement à sa frange la plus jeune. Ce programme consiste à tirer au sort chaque année une classe de collégiens et à les emmener de force sur une île isolée du monde, où au terme de combats acharnés, un seul d’entre eux pourra rester en vie – dans le cas contraire, tous périront. Une course contre la mort s’engage donc, durant laquelle chaque élève devra faire face à ses amis d’hier. » La trame présente donc des similitudes avec Marche ou crève, dans le sens où des jeunes sont censés être ennemis mais s’allieront pour rester en vie le plus longtemps possible. Ils y participent cependant contre leur volonté, et doivent s’affronter directement. Il fait partie de ma PAL, lecture prévue prochainement.

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