Salem de Stephen King

Aujourd’hui, je m’attaque au 2e livre publié de Stephen King. Il avait déjà tout d’un grand maître!

 

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genre : horrifique, fantastique

Pourquoi j’ai choisi ce livre / cet auteur ?

Salem fait partie des livres de Stephen King que j’ai lus dans ma période de découverte de l’auteur. Il m’avait laissé une forte impression, à tel point qu’il faisait partie des King que je recommandais à toute personne désireuse d’aborder cet auteur. J’ai su par hasard qu’une version complétée avait été éditée il y a 10 ans (j’aurais dû le savoir avant, as-tu probablement envie de me dire, insolent petit lecteur !), et c’est ce qui m’a donné envie de le relire.

J’annonce ici d’emblée que je consacre une section de l’article à la comparaison des deux versions : ne pouvant éviter les spoils, je l’ai reléguée en fin de chronique pour ne pas gâcher le plaisir des potentiels lecteurs.

Résumé (sans spoil)

Jerusalem’s lot est une petite bourgade du Maine comme il y en a tant d’autres. Du moins le serait-elle sans la présence de cette grande maison isolée et délabrée, restée ainsi depuis le destin tragique des Marsten deux décennies plus tôt. L’écrivain Ben Mears revient sur les lieux de son enfance pour y puiser l’inspiration et exorciser certains souvenirs.

Il n’arrivera pas seul. Des choses étranges et atroces surviennent. Les forces du mal ne sont jamais loin. Elles viendront se faufiler, se répandre sur Salem. les tragiques événements du passé n’étaient qu’une introduction. Cette fois le mal ne se laissera pas stopper.

Mon avis

La figure du vampire, à l’instar de celle du zombie actuellement, a largement été rebattue, interprétée, réinterprétée, détournée. Ici, exit les vampires séduisants ou romantiques. Ici les vampires viennent se repaître des vivants pour les faire mourir à petit feu, lentement mais inéluctablement. Stephen King rajoute à l’horreur de la situation le fait que les personnes devenues vampires reviennent essentiellement manipuler et tourmenter leurs proches.

La lutte entre le Bien et le Mal est un leitmotiv des romans de King (Le Fléau, Bazaar, It, etc). Salem ne fait pas exception puisque les vampires sont bien l’ennemi. Et pourtant, dès le début de son œuvre (ce roman est son 2e publié, pour mémoire), les hommes et les femmes ordinaires portent leur part du mal, ils ne sont ni tout blanc ni tout noir, mais se situent dans une large palette de gris. De ce fait, les passages qui révèlent la nature monstrueuse de l’être humain glacent tout autant le sang que ceux qui relatent les méfaits des monstres.

La religion représente habituellement le Bien dans cette lutte manichéenne qui l’oppose aux vampires, apôtres du Mal. Après tout, c’est bien avec des objets de culte qu’on les repousse : eau bénite, crucifix, et Salem n’y fait pas exception. Cependant, comme le signe funeste d’un combat perdu d’avance, la religion est ici présentée comme corrompue. Le prêtre Callahan est un homme pragmatique et alcoolique, et plutôt en proie au doute. King invente également une origine particulièrement terre-à-terre, presque blasphématoire du nom biblique de la ville. Ainsi, on pressent que le combat sera difficile, et que les forces qui s’opposent ne sont pas à armes égales.

Dès le début du roman, on comprend que les choses ont mal tourné. Que les protagonistes principaux sont des survivants. Et pourtant King, jamais avare de cruauté envers ses personnages (et ses lecteurs, par la même occasion), va les obliger à replonger dans l’horreur qu’ils ont fui. Une fois le prologue terminé, on entame le livre avec un sentiment funeste qui ne nous quittera à peu de chose près jamais, même à la dernière page.

J’ai abordé ce roman en me demandant si avec les années je le trouverais aussi effrayant que je l’avais trouvé dans ma jeunesse. Force est de constater qu’il n’a quasiment pas pris une ride malgré ses 40 ans : il reste dérangeant et captivant. Un incontournable pour tout amateur de Stephen King en particulier, et en général à tout lecteur amateur de frisson.

Mon personnage préféré

Je dois avouer que le personnage de Mark Petrie m’a fortement impressionnée. Bien que je le trouve étonnamment mature du haut de ses 12 ans. Il tient la dragée haute à la plupart des adultes du livre. S’il se montre plutôt débrouillard et particulièrement rationnel face aux décès qui surviennent, Stephen King nous rappelle dans de terribles circonstances qu’il n’est qu’un gosse que les évènements obligeront à grandir trop vite. J’apprécie le fait que l’auteur ait développé un personnage d’enfant, à la fois hors du commun et tout à fait crédible.

Un passage qui m’a marqué

Le roman voit mourir un certain nombre d’habitants de Salem, mais un seul enterrement sera décrit. Il ne s’étale que sur 6 pages, mais King n’a décidément pas son pareil pour nous saisir d’effroi sans verser la moindre goutte de sang. Impossible de décrire la scène sans spoiler, mais la réaction des principaux concernés prend aux tripes. Personnellement ce passage continue de me hanter.

Une citation

« Avant de descendre l’escalier de son pas souple et léger pour leur dire bonsoir et les embrasser, il jeta un coup d’œil sur la table où il avait installé ses monstres : Dracula, la bouche ouverte, montrant ses crocs, menaçait une jeune fille étendue par terre, tandis que le Docteur Fou torturait une femme sur un chevalet et que Mr Hyde s’apprêtait à attaquer par derrière un vieillard qui rentrait chez lui.

Qu’est-ce que c’était que la mort ? Pas compliqué. C’était quand on tombait entre les mains des monstres. »

Le saviez-vous?

par Club Stephen King

https://club-stephenking.fr/

  • « Salem » est le deuxième livre de Stephen King, publié en 1975.
  • Il existe 6 exemplaires du tout premier format de la jaquette originale du livre. Celles-ci se reconnaissent par le prix de $8.95, et le nom du père « Cody », une erreur puisque cela devrait être le père Callahan… ce qui sera corrigé dans le troisième état de la jaquette. Un exemplaire du premier état de la jaquette fut mis en vente il y a quelques mois pour 42 000€ !
  • A l’approche des 30 ans du roman, les éditions Centipede Press (USA) ont sorti en 2004 une édition limitée du roman accompagné de photos et d’illustrations, mais également et surtout de bonus. Parmi ceux-ci : deux nouvelles associées, « Un dernier pour la route » et « Jerusalem’s Lot » qui est en réalité « Celui qui garde le vers » dans le recueil « Danse Macabre »… mais aussi une reproduction de scènes coupées (que l’éditeur a récupéré depuis le manuscrit original du livre se trouvant à l’université du Maine), ainsi qu’une reproduction d’une préface de Stephen King publiée précédemment dans l’édition Pocket Books (1999). L’année suivante, en novembre 2005, soit réellement 30 ans après la publication du livre (octobre 1975), l’éditeur Doubleday (USA) a commercialisé une version grand public de cette édition. Cette même version sera publiée en France en novembre 2006 chez Jean Claude Lattès, et cette version avec ses bonus a depuis également été publiée chez Le Livre de Poche.
  • « Salem » a été influencé par deux livres devenus des classiques de la littérature fantastique :
    • « Dracula » de Bram Stoker. Durant un diner, Stephen King s’est demandé ce qu’il adviendrait si Dracula arrivait en Amérique au 20e siècle. Non pas dans une grande ville, mais plutôt dans une petite bourgade. Cela explique d’ailleurs le titre initial du projet : « Second Coming », soit la « Seconde arrivée », la « Seconde venue ». Il s’agit également d’une référence biblique vis à vis du retour du Christ.
    • « La maison hantée » de Shirley Jackson. D’ailleurs, après le prologue, le livre ouvre sur une citation du livre. L’occasion, par ailleurs, de rappeler que Netflix propose actuellement « The haunting of Hill House », une série adaptant le livre de Shirley qui rencontre un grand succès.
  • Dans une interview avec Fangoria en 1982, Stephen King avait dévoilé envisager une suite. Il le fera, mais ce ne sera pas un livre vendu comme la suite puisqu’elle fera partie intégrante du récit de la suite de la saga « La Tour Sombre » qu’il écrira lorsqu’il aura récupéré de l’incident qui lui manqua de lui ôter la vie en 1999.

Bonus

Le sujet du vampire est particulièrement vaste, cette section pourrait être plus longue que l’ensemble de la chronique si je ne me fixais pas un thème ! Aussi, je ne m’égarerai pas dans la représentation glamour (Twilight, et la bardée de romances que la saga a inspiré), torturée (Entretien avec un vampire), voire engagée (True blood) qu’on a pu voir fleurir. Ici, le vampire restera avant tout un prédateur impitoyable et cruel.

Difficile de passer sous silence le classique Dracula de Bram Stoker. Tout à fait personnellement, je ne l’ai pas lu, mais après la lecture de Salem je l’ai immédiatement acheté. King en parle dans sa préface et postface (édition 2006), et a quelque part construit Salem avec ce classique en tête. Ne vous laissez pas rebuter par le format épistolaire, il y a des classiques qu’il faut avoir lu quand on est amateur de littérature fantastique.

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Je vous suggère de lire également La lignée de Guillermo Del Toro et Chuck Hogan : « Un Boeing 777 se pose à l’Aéroport international John-F.-Kennedy de New York sans qu’aucun signe de vie n’émane de l’appareil. Le Docteur Ephraïm « Eph » Goodweather et son équipe découvrent alors que tous les passagers ont été contaminés par un virus qui les a transformés en vampires. ». On suit, ainsi que dans les deux autres romans de la trilogie, une lutte contre l’invasion des vampires et du Maître sur terre, ce qui présente des similitudes avec Dracula et Salem (le serviteur qui accomplit les basses besognes du Maître, l’équipe disparate qui cherche à contrer les forces du Mal, etc). C’est un thriller fantastique efficace et captivant, qui a d’ailleurs fait l’objet d’une adaptation en série et en comics par les auteurs du roman eux-mêmes.

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Dans un genre très différent mais restant dans le cadre du thème retenu, j’ai envie de vous conseiller la BD très graphique 30 jours de nuit. Barrow, Alaska : « Une bourgade terriblement ordinaire… mais un endroit de rêve aux yeux d’une horde de vampires. Car, durant l’hiver polaire, le soleil ne s’y lève pas pendant 30 jours consécutifs. 30 jours de nuit. 30 jours de terreur durant lesquels une poignée de survivants, menés par le shérif local et son épouse, devront faire face au mal absolu ! ». C’est cruel et dérangeant… et on en redemande !

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Comparaison des deux éditions (attention, spoilers !)

Vous avez toujours envie d’en savoir plus ? Les spoilers ne vous dérangent pas ? Vous pouvez encore faire demi-tour (noooooon !).

Alors la première chose à dire, c’est que je ne comprends pas le choix de l’éditeur d’avoir relégué les scènes coupées en fin de livre. Un peu comme un dvd qui, au lieu de proposer une version longue d’un film, relègue ces scènes dans une section bonus où il faut les visionner une à une, complètement sorties du fil de l’histoire. Certes, éditer une version différente de celle connue,

Je ne vais pas passer en revue la bonne vingtaine de scènes inédites, simplement de celles qui ont retenu mon attention :

  • P 125-126, lorsque Ben se rend compte que la Marsten house n’est plus inhabitée. Une description de la bâtisse, assez sinistre, est rajoutée et donne le ton.
  • P 144 : la scène de l’offrande du corps de Ralphie Glick prend une tournure différente dans la nouvelle version. En effet, dans celle de 1977, on ne parle que du « corps de l’enfant », dans celle de 2006 cela devient le « corps endormi de l’enfant », transformant la scène en un odieux rituel sacrificiel.
  • P 342 et suivantes : deux scènes dans lesquelles une personne vampirisée vient faire une visite nocturne sont rajoutées. La première réintroduit une dimension sexuelle relativement absente du roman, alors que l’association du désir et de la mort est beaucoup plus prégnante dans Dracula. La deuxième fait revenir le bébé de Sandy McDougall : non seulement la scène n’est pas grotesque (pardon, en commençant la lecture de la scène j’ai pensé à Z Nation, les vrais savent), mais elle est tout bonnement saisissante.
  • P 529 : la lettre manuscrite de Barlow devient un enregistrement. Autant dire que King se fait plaisir en installant une atmosphère bien plus dérangeante, il joue sur les intonations de voix, sur les réactions suscitées par cet enregistrement.
  • P 610 : Jimmy et Mark commencent à s’occuper des vampires. Ici ils ne se contentent pas de s’occuper de Roy McDougall et de l’exposer au soleil. Toute la famille reçoit son pieu dans le cœur. Oui, toute…
  • P 642 : Ben et Mark se contentent d’exposer le maître au soleil plutôt que de lui enfoncer un pieu dans le cœur. A titre personnel je préférais la 1ère version, plus saisissante.

Bien entendu, il ne s’agit pas d’une simple reprise de l’édition originale avec quelques bonus collés à la fin : la traduction a été révisée et augmentée par un nouveau traducteur. En toute honnêteté, n’ayant pas lu le texte original, je ne suis pas en capacité de déterminer si cette traduction est plus fidèle ou non que celle de 1977. Simplement je trouve que le style de la première version était plus court, plus incisif, plus en adéquation avec le rythme de l’histoire qui va, une fois n’est pas coutume chez King, à l’essentiel.

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