Cujo de Stephen King

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Le King de l’angoisse est de retour sur le blog!

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(suite…)

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Le village des damnés de John Wyndham

Le village des damnés de John Wyndham

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genre : science-fiction

Pourquoi j’ai choisi ce livre / cet auteur ?

Le village des damnés est un classique de la science-fiction. Avant de jeter mon dévolu dessus, je ne connaissais que l’idée principale : des enfants inquiétants, se ressemblant et ayant d’étranges pouvoirs. Je n’avais vu aucune des deux adaptations existantes. Ah si, en toute fan des Simpson qui se respecte, j’avais vu l’épisode Sbartacus (11e épisode de la saison 10) dans lequel un film est diffusé, il s’agit sans détour d’une parodie du Village des damnés. Mais je suppose qu’on ne peut pas dire que ça compte. Si ?

Résumé (sans spoil)

Midwich, une petite bourgade de l’Angleterre.

Dans la nuit du 26 au 27 novembre, tous les habitants s’endorment mystérieusement sans exception. Très vite une évidence s’impose : toutes les femmes du village en âge de procréer sont enceintes. Une fois passée la stupeur de cette situation particulièrement déroutante, tout le monde s’organise comme il peut pour que le secret ne se propage pas hors des murs de la ville et pour se soutenir.

Il ne faut pas longtemps, une fois la naissance intervenue, pour comprendre l’étrangeté de ce groupe : non seulement ils ont des caractéristiques physiques peu communes, mais ces enfants aux yeux dorés se révèlent très vite avoir la capacité de manipuler par la simple pensée leurs parents, et les adultes en général.

Le danger qu’ils représentent grandit avec les années qui passent, jusqu’à ce que l’un d’entre eux ne commette l’irréparable dans un moment de panique. Dès lors, les habitants de Midwich sont forcés d’admettre que la perspective d’une cohabitation pacifique est fortement compromise…

Mon avis

Ce qui m’a vraiment surprise à la lecture de cette œuvre, c’est qu’elle est bien plus complexe qu’elle n’y paraît, et que telle qu’elle a été conservée dans l’esprit collectif, notamment en raison de l’interprétation que John Carpenter en a retenue pour son adaptation cinématographique.

Un détail qui a son importance : le titre français actuel a été introduit suite au premier film, sorti en 1960, et a été conservé suite au succès de la version de John Carpenter. Son titre était auparavant « Les coucous de Midwich », soit la traduction littérale du titre original « The Midwich Cuckoos ». Pour ceux qui ne le savent pas, les coucous sont des oiseaux qui volent le nid des autres oiseaux pour installer leur propre progéniture, laquelle possède d’ailleurs une durée d’incubation bien plus courte que la normale. L’analogie avec les enfants qui grandissent beaucoup plus rapidement qu’un enfant normal dans l’histoire est de ce fait bien plus flagrante. Je regrette de ce fait que le titre actuel ait remplacé l’original que je trouve quelque peu racoleur, et surtout moins approprié au livre qu’au film.

Plus qu’un livre de science-fiction, dans lequel l’élément surnaturel – l’origine mystérieuse des enfants et leurs pouvoirs télé-kinésiques – n’est finalement qu’un prétexte, l’auteur propose une réflexion sur la nature humaine, ainsi que l’influence sur l’homme qu’ont les phénomènes qu’il ne peut expliquer : rejet ou méfiance de la science, repli dans la superstition et la religion.

Il ne me paraît pas superflu de rappeler le contexte historique dans lequel cette histoire a été écrite. En 1957, date de parution du livre, la Guerre froide a commencé il y a presque 10 ans. Cette invasion de l’intérieur par un groupe de « charmantes » têtes blondes traduit la peur constante des puissances anglo-saxonnes face à l’envahisseur communiste. On ne s’étonnera donc pas de voir un des protagonistes opposer le modèle communiste Russe (l’individu au service de l’Etat) au modèle démocratique occidental (l’Etat protège les libertés individuelles). Pourtant, John Wyndham ne livre pas une vulgaire comparaison entre ces 2 modèles, avec l’une qui serait « évidemment » meilleure que l’autre. J’ai apprécié que l’auteur évite l’écueil du manichéisme, qui était probablement tentant à l’époque.

L’homme n’est pas seulement un animal social, il est également un animal qui doit penser à sa survie et protéger son espèce contre une autre espèce menaçant sa survie. Et dans le même temps, il est dans sa nature de protéger sa progéniture, un instinct qui n’obéit à aucune logique. J’ai trouvé ainsi intéressant que l’auteur développe toutes ces contradictions et le cas de conscience que posent ces enfants surnaturels.

Même si j’ai été surprise que le livre ne contienne pas plus d’éléments horrifiques, j’ai apprécié ma lecture et il me semble que c’est une lecture incontournable pour les amateurs de science-fiction.

Mon personnage préféré

Après mûre réflexion, ma préférence va à Gordon Zellaby, le patriarche et homme de science qui va peu à peu questionner son savoir et se remettre en cause au vu du comportement des enfants du Jour noir. A mon sens, c’est le personnage qui évolue le plus et fait preuve d’une certaine ouverture d’esprit que rien ne laissait présager au départ. Il occupe un rôle majeur dans le dénouement de l’histoire, mais je laisse le lecteur le découvrir.

Un passage qui m’a marqué

Pour le coup, je vais m’efforcer d’évoquer ce passage avec circonspection, car j’aimerais autant ne pas spoiler un futur lecteur.

L’échange entre Bernard et deux enfants autour du devenir de leur espèce respective et d’une cohabitation impossible est assez glaçant. La tentative de conciliation et de compréhension du premier se heurtent à une détermination implacable des deuxièmes, qui n’est pourtant ni démoniaque ni malfaisante. Les enfants ne font qu’énoncer une réalité sans fard : il n’y a de place que pour une seule espèce dominante.

Une citation

« Le malheur, c’est qu’il est fort probable que ce soit un de nos propres trucs qui n’a pas tourné rond. Avec ces fichus programmes secrets, personne n’est au courant de rien. On ne sait même pas ce que fait le gars d’à côté ; on ne sait même pas ce qu’on utilise soi-même. Tous ces tordus de savants qui sabotent la profession par en dessous. On ne peut pas se tenir au courant de choses qu’on ignore. L’art militaire ne sera plus qu’affaire de magiciens et de machines »

Bonus

Le pire ennemi est celui qui vient de l’intérieur. Sur ce même thème, je vous suggère de vous intéresser au classique L’invasion des profanateurs de sépultures (Body snatchers) de Don Siegel, sorti à la même époque (1956) que Le village des damnés, et proposant également une métaphore de la montée du communisme. La série Les envahisseurs est également imprégnée de la paranoïa ambiante caractéristique de cette époque.

Pour la petite anecdote, un film « Les enfants des damnés » est sorti en 1964, soit 4 ans après le film original. Il se présente comme une suite qui donne une explication sur l’origine de ces enfants, mais au vu des critiques plus que mitigées je ne vous le conseille pas forcément. C’est un parfait exemple de la tendance de l’industrie cinématographique à vouloir surfer sur les succès, quitte à produire quelque chose de médiocre.

via Chroniques